Patriiiiiiiiiiick !

Tonnerre d’applaudissements, lundi 19 janvier, 20h, au Théâtre de la Ville pour Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014.

« Je vous remercie de votre gentillesse, je suis très ému. » L’émotion est contagieuse.

Patrick Modiano est rare. Avec ces mots prononcés à un rythme incertain, il ouvre la soirée de lecture consacrée à son œuvre, ou plus exactement à la place parfois importante de Paris, dans ses romans.

D’où la présence sur scène d’Anne Hidalgo, vraiment « très heureuse d’être là ce soir ». La Maire de Paris précise : « c’est sincère ». Donc, d’habitude, elle l’est moins ? On ne rappellera jamais assez l’importance de bien choisir ses mots. Pourtant, elle récidive. Elle a beaucoup lu et relu Patrick Modiano, même si, depuis qu’elle est Maire, elle n’a pas eu trop le temps.

Le fantôme de Fleur Pellerin plane sur la salle. Ou comment remettre une bourde au goût du jour en essayant de la faire oublier…

Anne Hidalgo enchaine sur Dora Bruder, cette jeune fille juive, morte en déportation qui ne saura jamais que Patrick Modiano l’a immortalisée de sa plume et qu’une rue du 18ème arrondissement de Paris portera bientôt son nom. Double hommage.

Samy Frey commence à lire un extrait du roman « Dans le Café de la jeunesse perdue », suivi de « Pour que tu ne te perses pas dans le quartier".

Assis, concentré, brillant, un verre de vin rouge posé à côté de lui, il lit sur tablette. Pas pour agacer les libraires, mais pour éviter le côté vintage et bruyant des pages qu’il faut tourner. Quand on a l’habitude de lire, ce n’est pas facile d’écouter un livre. On ne peut pas revenir en arrière pour revenir sur les mots et en apprécier le sens autant que la musique. Il faut se laisser porter par la voix de l’acteur jusqu’à ce que le charme opère, en se laissant conduire par le cavalier qui vous invite à danser.

Patrick Modiano assiste à la lecture, sur scène et dans le noir. Il commence à se faire tard : pourvu qu’il ne baille pas. Comme l’a un jour dit un ami écrivain : « il faut tout de même se rappeler que la plupart des gens lisent pour s’endormir ». Pas toujours. Ce soir, la salle est aux aguets, attendant les réactions du Prix Nobel, sobres et justes, comme toujours : « Quand on écrit, on voit les choses de trop près, on ne voit pas l’ensemble »

La lecture par un autre, c’est le recul qui lui manquait. Patrick Modiano remercie. Le verre de vin de Samy Frey est vide. Il se lève et salue.

Un extrait de Dora Bruder est lu par Catherine Deneuve. Debout, sans lunettes et sans tablette, devant un pupitre, elle a la majesté d’un monstre sacré et la fragilité d’une femme qui s’expose. Elle lit un peu trop vite, un peu comme elle parle dans la vie, quand soudain, elle est ralentie par des pages restées collées pour la bloquer sur un mot : « quelquefois ». Répété trois fois, avec trois intentions différentes malgré l’agacement contenu, elle emporte la salle avec elle. Le talent se lit aussi entre les lignes.

Se faisant tout petit alors qu’il dépasse tout le monde, le Prix Nobel se lève : « En les écoutant, je me suis mieux rendu compte de ce que j’écrivais. Je vous remercie tous d’être venus ce soir, merci ».

Petit sourire gêné, signe de la main et ça s’arrête là, pendant que dans la salle, tout le monde à envie de dire « merci Patrick Modiano ».

Crédit photo : Jean-Baptiste Gurliat/Mairie de Paris

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