Synopsis : Au foyer de réinsertion, les gars changent d'activité chaque semaine : certains trient les vêtements, d'autres préparent la tambouille. Aujourd'hui, c'est au tour d'Élie d'arroser les plantes, mais le jardinage ce n'est pas son truc.

Après Scratch, un huit-clos oppressant sur le thème de la prostitution, Sandra Jessica-Koban revient avec un nouveau court-métrage nommé Héliopsis. Cette fois, l'association Youvoi Films s'attaque au thème scabreux de la réinsertion. On retrouve ici l’attrait naturel de la réalisatrice pour les outsiders et les sujets poignants !

Héliopsis

Pour ce nouveau court, Sandra-Jessica Koban a décidé de frapper un grand coup et s'est offert les services du mythique Samy Naceri. Le rôle d'Élie, vieux briscard pris entre ses penchants rebelles et son aspiration à une vie sans histoire, semble taillé sur mesure pour l'acteur.

Le foyer de réinsertion apparaît comme un sas entre l'enfer de la prison et la vie civile ; une thématique du seuil qui apparaissait déjà dans Scratch. À cet égard, tous les protagonistes sont plongés dans une douloureuse expectative : si certains ont à cœur de retrouver une vie normale, d’autres persistent dans leurs errements.

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La violence, aussi verbale que physique, est très présente dans les rapports entre les personnages et pique le spectateur au vif. Elle souligne le manque de solidarité entre des individus qui auraient tout intérêt à s’unir. Mais même s'ils se mettent mutuellement des bâtons dans les roues, chacun demeure in fine l'orchestrateur de son propre désastre !

Outre les rapports de force, l'ordre préséance qui soude tout groupe humain est également évoqué : Élie, en dépit de sa colère et de sa lassitude, écoute attentivement les conseils de Papy (Gilles Janeyrand), son éducateur. À son tour, il prendra sous son aile un jeune paumé très touchant du nom de Rudy (Warren Ferry).

Héliopsis

Dans les oeuvres de Sandra-Jessica Koban, les corps et l'âmes sont écorchés vifs ; qu'il s'agisse de Marius (Tristan Pecylak), le bad boy tatoué ou même de Rudy, dont la faiblesse psychologique le rend très perméable aux manipulations de ses ainés. La fin du court ouvre la voix à de multiples conjectures quant à l'avenir des personnages mais donne tout de même l'impression qu'ils évoluent dans un monde sans issue.

Cela dit, l'oeuvre n'est pas à un contraste près ! Son titre même évoque une fleur très friande de soleil tandis que les sujets abordés ne sont pas des plus lumineux. Le fait d'alterner entre des couleurs sableuses et un bleu métallique accentue cette friction entre des personnages très bruts et les froids impératifs de la vie en société. Enfin, la musique envoutante de Pierre Cora, quoique douce, laisse présager un drame final.

Héliopsis

Devant cette deuxième oeuvre saisissante et très mature (rappelons que la réalisatrice n'a que 22 ans !), on se dit que Youvoi Film est fin prêt à tourner un long métrage. Quel en sera le thème ? Si le cinéma de Sandra-Jessica Koban est aussi percutant que la matraque d'un maton, on a hâte de la voir s'attaquer un jour à l'un des sujets les plus difficiles à traiter qui soient : le bonheur béat !

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