Cinéma

Puisque moi j’adore le cinéma, j’ai été invitée à l'Entrepôt pour l'avant-première du film "L'ami de la Famille", suivie d'un débat avec P aolo Sorrentino, le réalisateur.

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La petite histoire : Geremia rentre dans la vie des gens comme un ami de famille. Pourtant c’est un vieil usurier, laid, sale, riche et radin qui a un rapport obsessionnel avec l’argent, avec sa mère, avec les gens. Mais c’est aussi un homme seul. Il est choco-dépendant et condamné à assouvir sa libido en épiant des filles qui jouent au volley ball…

Film d’auteur ? Exercice esthétique ? Technicisme formel ? Film culte ? A vous de juger. Vous aimerez ou vous détesterez, mais vous ne l’oublierez pas. Le personnage principale, Geremia, c’est ln monstre lubrique et perverse qui donne et reprend. Mais qui se croit gentil et serviable. C’est un parasite qui se nourrit des misères des autres.
Je demande au réalisateur « Pourquoi avoir choisi un personnage si répugnant ?» Il répond comme s’il était étonné de la question, tant ça lui paraît évident « Même quand l’apparence ne le montre pas, nous sommes tous laids et méchants et nous allons finir tous par nous attendrir sur Geremia, parce qu’il nous ressemble. Mon pari est de vous faire aimer Geremia. » Eh bien, pari perdu. Non, je ne l’aime pas et j’espère n’avoir rien en commun avec lui. Je n’arrive pas à m'attendrir sur lui, même pas à la fin où il est censé devenir attachant. Je ne trouver pas non
plus la laideur touchante. Ce film me dérange.
À commencer par les lieux. Une ville
froide et silencieuse de l’Agro Pontino à l'architecture fasciste, carrée et cafardeuse. Quelqu’un dans la salle pose la question « C’est vraiment comme ça l’Italie ?» Paolo Sorrentino confirme. Je fais la moue. C'est un endroit d'Italie, mais ce n'est pas l'Italie. Italienne, je suis bien placée pour le savoir. Tous les personnages reflètent le plus mauvais côté du "provincialisme", avec sa médiocrité, ses maisons kitsch et les gens qui s’endettent pour un mixeur à 900 euros ou pour un super mariage. Ou pour une nouvelle paire de nichons. La morale du film me dérange aussi. Éloge du mal, apologie à la laideur et au côté sombre des êtres. Donc, direz-vous, c’est un film à ne pas voir. Et bien, c’est un film à voir absolument. Parce que mieux vaut être secoué que de passer à côté du renouvellement. Sorrentino a du talent et le courage de ses idées. Il n’a pas peur de prendre des risques. Anticonformiste, il bouleverse les conventions en faisant un double saut périlleux. Il ose parler d’un un sujet qui sort des schémas habituels et il remixe la comédie à l’italienne. Sans parler de son scénario étonnant et énigmatique avec des clins d’œil à l’onirisme fantasmagorique de Fellini. De plus, la photo est impeccable et l’esthétisme recherché. Ses paysages ont des perspectives métaphysiques à la De Chirico et la géométrie des lignes et des espaces tisse une toile d’araignée dans laquelle on finit par tomber. Le tout sur un fond d’électro-pop. Et on n’échappe non plus au jeu magnifique de Giacomo Rizzo, interprète génial de Geremia.
Ce film est ironique, original et différent. Il dérange et fascine à la fois.
C'est comme un café "ristretto" à l’italienne. On l’avale d’un trait, mais le goût demeure longtemps, très longtemps dans la bouche. Fort, amer. Écoeurant ou délicieux.

L’ami de famille - Avant-première-
Réalisateur : Paolo Sorrentino
A
cteurs principaux : Nicola Grittani, Laura Chiatti, Clara Bindi, Fabrizio Bentivoglio, Giacomo Rizzo
sortie le 02 Mai 2007
Sélection officielle Cannes 2006

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