Cinéma  

Kubrick c’est donc réincarné en Paul Thomas Anderson ? Pas tout à fait. Pourtant certains le croient déjà.Le film vient juste de sortir et il est déjà culte. La critique le salue comme le chef-d’œuvre de l’année. De la photo au montage, de l’interprétation à la réalisation jusqu’à la bande-son, on ne tarit pas d’éloges. « Une œuvre puissante grandiose, magistrale, émouvante, envoûtante… ».

La petite histoire : Daniel Plainview part tenter sa chance avec son fils H.W. à Little Boston, un endroit perdu où l’unique distraction est l’église animée par le théâtral et charismatique prêtre Eli Sunday. Plainview voit le sort lui sourire dès que le pétrole jaillit aux pieds de son petit garçon. Mais les tensions s’intensifient, les conflits éclatent et l’amour, l’espoir, le sens de la communauté, les croyances et même les liens entre père et fils sont mis en péril par la corruption, la trahison…

    

On murmure que Paul Thomas Anderson est le digne descendant de Kubrick. Et on compare le trépan du forage au monolithe de 2001. Pourtant "There will be blood" me réchauffe, mais ne m’enflamme pas.
Je ne retrouve pas l’effet électrochoc de 2001. Pourquoi ?

 

Parce qu’on a crié au miracle et on l’a comparé à Kubrick. En dehors de son génie visuel, Kubric avait une perception inattendue de la mise en scène et un mépris des vérités établies qui fait qu’il échappait à toutes les catégories. Il était inventif, audace, visionnaire et troublant. Paul Thomas Anderson est un brillant réalisateur qui maîtrise avec brio esthétique et technique, mais il ne révolutionne pas le cinéma.
 

Parce que Daniel Day Lewis est un acteur superbe, époustouflant. Au point de vampiriser le film. Anderson a du mal à se détacher de lui. À un moment donné, le film se concentre et se replie sur l’acteur jusqu’à frôler le « one man show ». De très gros plans de son regard puissant, des travellings sur la posture de son corps, des plans sur ses gestes. Anderson en oublie même de faire des contre-champs. Daniel Day Lewis finit par porter tout le film. Ce qui me fait dire « quelle prestation magistrale » plutôt que « quel film génial ».
 

Parce que la bande-son est étonnante, voire excellente, mais ne laisse pas de répit. Elle contribue bien à installer ce climat d’attente menaçante et de tension. Mais son omniprésence finit par me lasser. Le réalisateur l’utilise tout le temps, même à contrepoint. En donnant, par moments, l’impression que le son se bat avec les images. Il paraît que Paul Thomas Anderson a cherché à donner le même impact que "Singin’in the Rain "dans "Orange mécanique". Mais bon, l’étonnant décalage entre la musique frivole et le moment de terrible violence, état juste un coup de pinceau de maître. Elle ne durait pas deux heures et demie.
 

Parce qu’il y a une demi-heure de trop. Pas au début. La longue scène muette est parfaite, mais par la suite, certaines longueurs sont injustifiées. Je n’aime pas les creux qui ne remplissent pas l’histoire.

Voilà pourquoi, malgré les plans superbes, la photo splendide, la mise en scène impeccable, l’acteur monumental et la mécanique implacable, je ne suis pas tombée à la renverse.
 

Bien sûr, la symbolique est intéressante. De la métaphore des dérives du capitalisme américain à la dimension prophétique sur la dégringolade du rêve américain. Et même l’âme double des USA qui se partage entre pouvoir économique et fanatisme religieux. C’est aussi l’histoire de la cupidité humaine. Teintée de terre, de sang et d’or noir. Noir comme la conscience de Daniel Plainvie. Ce misanthrope à l’ego surdimensionné qui hait l’humanité et ne voit que le mauvais côté des gens. C’est la descente en enfer, lente et étouffante, d’un homme cynique, ambitieux et arrogant, incapable de donner un sens à sa vie et de se racheter. Même quand un fils inattendu lui donne sa chance. Son avidité et son manque de générosité l’emmènent à une victoire qui le détruit. Son mal-être se transforme en rage, puis en violence muette. Et va en crescendo, jusqu’au point du non-retour.
 

Alors, faut-il voir ce film ? Absolument. Pour découvrir un film rare, un réalisateur talentuex et pour admirer la prestation de Daniel Day-Lewis, hypnotique, obscur et magnifique.

Titre original : There Will Be Blood
Date de sortie : 27 Février 2008 
Durée : 2h 38min. 
Réalisation : Paul Thomas Anderson
Acteurs : Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Dillon Freasier
Genre : drame

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