Ouf ! pile poil. Ça tient du miracle d’être arrivé à temps pour attraper la dernière navette du Medef. Direction ? Le campus de l'Ecole Polytechnique, là où on cultive les petites graines de l'élite française. Et où l’on attend 6.000 patrons. 

 Je fais partie des 200 blogueurs de tout horizon confondus qui ont reçu leur accréditation pour participer à « Voir en grand » l'université d'été du Medef. Cette année, l'approche sera participative, nous a expliqué Frédéric Chevalier ( link ) qui est à l'origine du plus important live blogging jamais organisé en France.

Sur la navette, j’observe, j'écoute. A vrai dire, il ne m'arrive que des bribes de conversation. Les gens bien élevés ne parlent pas à voix haute. Je ne vois pas grande chose non plus. Juste les chaussures des dames assises aux premiers rangs. Sept paires de ballerines sans talon. Elles les ont achetées par lot ou c'est le look maison ? Le ton est donné. Je suis déjà dans l'ambiance. Bienvenue au Medef, là où plane le charme discret de la bourgeoisie ! Trois costumes-cravattes bleu marine, parfaitement coupés, vont s'asseoir plus loin. Elégants, parfaits, juste un peu convenus. Je suis du coin de l'œil le défilé. Un collier de perles rejoint un costume-cravatte. Je louche sur ses pieds. Tiens, encore du joli classique et... des ballerines. C'est sûr, le "show off" ne sied pas au Medef. Ici il n'y a rien qui détonne ou qui étonne. Pas de glam audacieux, décalé ou faussement négligé. 

Et si le diable s'habille en Prada, le Medef s'habille en ballerines et costume bleu marine.

Le soleil brille comme pour éclairer chaque lettre géante planté dans l’herbe qui nous accueillent : "VOIR EN GRAND".  Le parking géant de l’Université grouille de grosses berlines sombres aux vitres teintées. Des gardes à cheval se baladent au loin, très écologique sur la pelouse. Pendant qu’un costard-cravatte m'empeste avec son cigare.

"Allez, on les stocke ici " crie un agent de la sécurité en nous mettant sur le côté. J’en déduis qu’ils vont nous fouiller, au cas où on aurait caché une bombe dans une ballerine. Mais non, ce n'est pas le style de la maison. Ici on est tous copains. On peut croiser indifféremment des politiciens, des hommes d'affaires connus, des bloggeurs, des grands patrons, des journalistes, des étudiants. Et même un roi. Ou la Présidente du Medef.  La preuve ? Lasse d'attendre, je me faufile discrètement par derrière. Et je me trouve face à Laurence Parisot qui sort de sa voiture. Le temps de réagir et elle s'est déjà tournée vers la horde de journalistes qui font crépiter leurs flashs. Mince, j’ai raté une jolie photo avec un point de vue unique. Bon, il faudra que je travaille mon réflexe-paparazzi.  

 

Mon réflexe-nourriture, en revanche, n’a nullement besoin d’être entraîné. Je n'ai pas eu le temps de déjeuner et mon ventre crie famine. L'heure du repas est passée et l'immense salle est presque vide. On me propose quand même un plateau-repas. Je m'installe à une table pour avaler mon "class'croute" en écoutant les patrons qui râlent au sujet du RSA. Et ceux qui se plaignent parce qu'il n'y a pas de pinard.

 

C’est avec une très grande joie que je retrouve Natacha, Tatiana et Sacha Quester-Séméon. Mais pas le temps de profiter de leur compagnie, la plénière va bientôt commencer. La salle est bondée. "Voir en grand, c'est une ambition, une philosophie, une méthode", lance Laurence Parisot à Sa Majesté Abdallah II de Jordanie. Le Roi prend la parole en français, puis il poursuit en anglais pendant une quarantaine de minutes. Il parle de son pays, de son développement et de son souhait de retrouver les entrepreneurs français en Jordanie. Mais il évoque aussi la paix et la prospérité dans le monde, en donnant un visage humain au Moyen-Orient. 

 

Zou, on se dépêche ! À 15H30 démarrent les conférences-débats. Et je n’ai pas encore retiré mon badge. Ni le polo d'inspiration "Mondrian" à la boutique Vicomte Arthur, s’il vous plait. Pour voir en grand, ils ont vu en grand ! L'organisation est parfaitement huilée. Et c'est ici que l'expression "dérouler le tapis rouge" prend tout son sens. Le tapis, qui est vraiment rouge, nous guide vers les différentes tentes blanches aménagées. Plateau webTV, accès au réseau wifi, pool vidéo avec podcasts,  résumés vidéo de chaque demi-journée, débats, etc. Les repas (midi et soir) et toutes les prestations sur le campus sont aux frais de la Princesse. Ou plutôt des patrons. Et si on veut prendre contact avec des intervenants, il suffit de le demander. Pour transformer ses rêves en réalités. Je donne un rapide coup d'œil à la salle de travail des blogueurs. Elle est équipée avec tous les derniers gadgets high-tech. 

 

Nous retrouvons Frédéric Chevalier, en chair et os, sous une tente-stand. Il nous propose de recevoir les vidéos sur le portable par un système de push Bluetooth. La classe ! J'échange quelques mots rapides avec la star Loïc Le Mueur, bien dans sa peau et dans son bronzage californien. Je croise Laurence Thourion (link) qui me fait la bise sans même pas s'arrêter. Tout le monde court. Les sept conférences-débats vont démarrer. J'hésite entre deux. N'ayant pas le don de l'ubiquité, c'est difficile d'être partout. Natacha opte pour Alain Juppé (link,) moi par "l'opinion publique : Tiran ou titan ?". On se sépare. On se racontera…


Je sors de la conférence en me disant que "titan" est bien plus juste que "tiran". En effet, l’opinion publique est plutôt un thermomètre qu'un paramètre. J'ai la sensation qu'elle est manipulée par les médias, les politiques, les communicants. Même quand elle pense avoir jugé et decidé. « On croit ce qu’on voit, mais on voit ce qu’on nous montre » nous dit le publicitaire Thierry Saussan, qui a le sens de l'humour et l’art de la formule choc.
Xavier Bertrand, futur Premier ministre, se plaint de ne pas pouvoir faire davantage de pédagogie aux Français, qui, sont en demande. Tous les intervenants s'expriment. Avec brio ou avec lourdeur, mais le discours reste politico-politique. Seul Matthieu Ricard, moine bouddhiste et porte-parole du Dalaï-Lama porte un regard humain sur le sujet et parle d’hommes, de sentiments. Avec simplicité et tendresse.  

 

Je traverse à vitesse grand V l'espace convivialité. Pas question de rater ma citrouille. La navette repart dans 10 minutes. Je louche, au passage, sur le baby-foot, le billard, le café littéraire, le coin presse, le bar des pépites, le mini-salon, la salle massage…Pour voir grand, il faut avoir beaucoup de temps. Ca tombe mal, mon temps est compté. J'hésite un instant devant les waffs.(link) Je m'enfoncerai bien dans un de ces gros nuages blancs et moelleux. Et je goûterai aussi à la glace à la mangue qu'on distribue plus loin. Et il y a aussi des gens que j'aimerai bien interviewer. Et d'autres avec qui j'aimerais discuter. Mais le travail m'attend. 
 

Je suis venue à reculons en pensant m'ennuyer à mort en écoutant des débats soporifiques et pompeux, je regrette de devoir partir dare-dare.

 

PS : Si vous voulez regarder les interviews, avoir un compte-rendu sur les débats et conférences et voir des jolies photos, faites un tour sur le blog mis en place pour l'occasion. (link ) 

 

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