"En attendant que ma mère meure" de Marc Desmazières

 Si vous aimez le papier qui a un grain, le format atypique et une typo barrée, voici un joli bouquin (contenu et contenant) à s'offrir pour la fête des mères. Attention, j'ai dit "à s'offrir pour", pas "à offrir à sa mère". Vous pourrez la tuer.

Âmes sensibles s'abstenir. Ce livre risque de vous troubler. Inutile de chercher guimauve et bisousnours. Dans ce carnet, il n'y a ni refrains ordinaires ni complaintes funèbres.

L’auteur n'aime pas jouer du violon, il préfère jongler avec les mots. Qu'il écrit parfois d'un coup incisif de craie. Ceux qui crissent sur le tableau en nous faisant sursauter. Mais si vous aimez l'humour noir, celui grinçant à la Woody Allen, le deuxième degré et le sourire intelligent, vous ne pouvez pas passer à côté.

 

Dans ce livre, l’auteur casse les tabous et affronte son voyage cathartique les yeux grands ouverts, en dressant, au fil des jours, un inventaire méticuleux et lucide de sa vie. En attendant que le cancer emporte sa mère.

 

Le titre serre les tripes, mais ne vous attendez pas à un carnet larmoyant. Vous imaginez des caresses ? Vous découvrirez des claques. Vous cherchez des larmes ? Vous trouverez des perles.

 

Marc Desmazières dérange, bouscule, déstabilise et change la donne. Il est toujours là où on ne l'attend pas. Le cynisme remplace le conformisme, l'humour masque l'amour. Drôle de chamane, il vous emmène de la terre aux enfers et des enfers à la terre avant de tuer père et mère. En coupant le cordon ombilical d'une pierre tranchante.

 

Ses textes sont comme des regards aigus sur les êtres et sur les choses. Brefs et perçants. Durs et tendres. Attachants et détachés. Désabusés et poignants. Des pensées réelles qui, entrelacées, prennent un sens irréel. De temps en temps, l’auteur nous offre quelques pièces du puzzle qu'il reprend aussitôt, histoire de brouiller les pistes. 

 

On dit que celui qui a violé un tabou devient un tabou lui-même. Marc Desmazières est bien plus qu’un tabou, c’est un totem.

 

Marc Desmazières a remporté le Prix de l'originalité Plume d'Agence 2009 pour sa nouvelle « Trente-six poses jetables ». http://www.lejoursanspub.fr/blog/index.php?2009/03/23/129-les-directeurs-artistiques-savent-ecrire

"En attendant que ma mère meure" de Marc Desmazières
Retour à l'accueil