J'ai tout entendu. Enfin peut être pas tout. En tout cas, je sais ce que je n’ai pas entendu.
« Profit », « Business », « Croissance », « PIB », « Syndicats », « licenciements » ne faisaient pas partie ce jour de septembre des mots qui s’échangeaient tant dans les conférences que dans les discussions enflammées.
Si la vie en entreprise n’a pas toujours été folichonne cette année, le langage et, à travers lui, les intentions des entreprises, sont, comment dire, « plus cool ».

« Solidarité »,  « bonheur en entreprise » et même le magique « liberté » étaient les mots à l’honneur.
Et quand, jeudi après midi, 3000 patrons se sont levés les larmes aux yeux pour applaudir Lech Walesa (qui a gardé sa moustache et sa verve), franchement, j’y ai cru. 

Cher Nicolas, « travailler plus pour gagner plus » c’est dépassé. « Gagner plus pour dépenser plus » c’est encore plus « out »(je fais juste une parenthèse pour les chaussures qui ne rentrent pas dans ce cadre de "déconsommation", personnellement je suis contre).

Franchement, ces milliardaires Russes qui s’ennuient sur leur yacht de cent vingt mètres  avec leur femme d’un mètre quatre vingt au tour de poitrine phénoménal ne nous font plus envie (Mon ami Xavier qui lit par dessus mon épaule me demande de faire une parenthèse pour le tour de poitrine phénoménal qui, selon lui, ne serait pas forcément source d’ennui).

Bref, trêve de parenthèse, les valeurs changent. Et quand les valeurs changent les gens changent juste après. Au Medef j’ai vu des nutritionnistes réapprenant aux cadres stressés à se nourrir, des ostéopathes proposant des massages en entreprises déductibles des impôts et même des gens déguisés en arbre. La « charte graphique » même de cette université d’été, fleurs, papillons, verdure et un petit enfant regardant au loin, est révélatrice de cette mutation.

Alors c’est décidé : dès aujourd’hui j’applique les nouvelles règles de l’entreprise. Je me calme, je me détends, je ne cherche plus le profit, je me fais masser et je le déduis des impôts, je me nourris correctement en prenant vraiment le temps de déjeuner, je continue à penser librement et je suis solidaire. Travailler moins et être plus heureux pour gagner autant et continuer à s’acheter des chaussures, décidément, j’adore ces nouvelles valeurs. 

Valérie Bezzina-Napoly

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