C'est son premier roman, mais ce ne sera sûrement pas le dernier. Ce bouquin a un goût salé-sucré et se balance entre pudeur et humeur, tendresse et vertige, cynisme et douceur. Mais c’est surtout une histoire d'amour sur un fond d'agence de pub, avec quelques coups de pinceau par-ci par-là pour égayer les murs sombres de ce monde impitoyable.      

9782362010149FSAlice est une jeune femme brillante qui, telle une poupée russe, renferme en elle une autre Alice, une petite fille embarrassante qui n'est jamais là où il le faut, au moment où il le faut. Elle arrive trop tôt pour son père. Et trop tard pour Pierre-Antoine.

Entre un homme "doggy bag de sa femme" et un père atteint du syndrome de Peter Pan, sa quête est le parcours du combattant. Affamée d'amour depuis sa naissance, elle ne fait que ramasser quelques miettes.

Pas étonnant qu'elle tombe amoureuse d'un "vieux" avec femme et enfant quand on connaît son gamin de père. Bien évidemment, il n'y a pas de hasard dans le hasard. Et là, on pourrait facilement se lancer dans une psychanalyse de supermarché, mais on préfère plonger dans l'histoire et se laisser transporter, en se faufilant dans son âme par des portes semi-ouvertes qu'on visite sans se presser, pour découvrir au fur et à mesure, l'inépuisable et inéluctable souffrance de cette femme-enfant.

C’est un roman lucide et féroce sur le trio amoureux et l'ambiguïté des sentiments, mais surtout une quête d'amour, celle qui a commencé à sa naissance. Forte et attachante à la fois, tout comme la protagoniste, teintée de scènes choc comme l'avortement dans les toilettes de l'agence et de moments de douceur avec sa grand-mère Granny et sa Mamie Rita, cette histoire est bouleversante. Néanmoins on en sort leger comme une montgolfière.

Babette Auvray-Pagnozzi

 

« Dors bien, il faut que je te quitte », par Delphine Comby, 
L'Editeur, 352 pages, 19 euros

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