Il ne s'agit ni d'une star ni d'un mannequin, mais tout le monde le prend en photo. Logique, il a été habillé par une quarantaine d'artistes. L'heureux élu c'est un mur parisien en crépi. C'est celui tout sale et tout noir qui entoure l'ancienne école de mon fils.

                             Photo : Pino Pagnozzi
                     
Dans l'invitation, Skio m'a précisé qu'il s'agit d’une exposition collective de collage sauvage qui nous rappelle que l'art n'a pas besoin d'autorisation pour exister ni de format pré-établi, ni de code vestimentaire. Et qu'elle est ouverte à tous et sans contrainte.link

En effet, les Bobos côtoient des Boobos, les riches du quartier se mélangent à leurs femmes de ménage, les écolos aux technos et les p'tis jeunes aux p'tis vieux. Il y a même des touristes de passage qui profitent à fond de l'expo imprévue. Certains sourient, d'autres prennent des photos, d'autres encore sont étonnés.  "Une expo en plein air avec ce petit côté interdit qui pimente tout, c'est génial". Un couple très élégant sourit "Les habitants du quartier ne vont pas apprécier." Deux femmes applaudissent : "On devrait les remercier. Ils mettent du bonheur dans nos villes".

Une femme, un homme, un jeune, un vieux, un couple. Un Parisien, un provincial un Hollandais, un Anglais, un Français. Une quarantaine d'illustrateurs, afficheurs, graffiteurs, graphistes, performeurs, tous intéressants et tous différents. C'est la tribune libre des artistes contemporains, la libre expression dans l'espace public sans frontières, sans différence d'âge ou de sexe. Une petite fille dessine sur le trottoir pendant que son papa s’occupe du mur. Des artistes font la courte échelle pour mettre leur œuvre au mur, un peu plus haut, un autre est en équilibre très instable, debout  sur son scooter. Le seul possesseur d'un escabeau le passe à ses voisins. Ici on se débrouille avec les moyens du bord. Et on s'entraide. "Ce sont des espaces de liberté non-mercantiles, où tout est gratuit et généreux" dit l'un des artistes.

              

 Les "toiles" sont  réalisées au préalable et collées au mur. "Pour qu'elles puissent s'effacer d'un coup de karcher et nous éviter ainsi d'avoir des problèmes" m'explique discrètement l'un des organisateurs. Les « problèmes » éventuels tournent autour des gens en tenue de policier et posent des questions pour découvrir qui est à l'origine de la manifestation. Je les apostrophe en jouant la naïve :"Qu'en pensez-vous de cette exposition?" "C'est perso"me dit sèchement l'un deux, en me tournant rapidement le dos. "Je ne peux pas donner mon avis tant que je suis en uniforme" répond le deuxième sur un ton bien plus aimable.

Art urbain? Expression de soi?  Goût du danger ? Ou subversion? C'est sûr, il n'y a pas de consentement préalable et le risque est toujours présent. Mais quelle importance ? En peu de temps, j'ai vu deux murs laids, tristes et sales se transformer en espace de rêve. J'ai vu de la magie, de la fantaisie et de l'émotion. Sans tabous et sans limites.

Demain chaque œuvre pleurera ses formes et les couleurs en faisant disparaître toute trace de ces tableaux éphémères pour retrouver la tristesse des murs sales. Restent quelques photos, pour prolonger le plaisir...


     
 

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