Le regard franc, la voix douce et posée et l’attitude humble, Frédéric Leveugle ne fait pas partie des photographes qui se la jouent « superstar ». Pourtant, depuis une vingtaine d’années, il est une référence dans le domaine de la mode et de la beauté. Grâce à son incroyable talent pour sublimer la femme, il a apporté une touche de sensualité à Givenchy, Aubade, Simone Pérèle, l’Oréal, Burton of London et à bien d’autres.

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Son métier, il l’a appris près de grands maîtres de la photo (Horst P. Horst, Dominique Issermann, André Rau, William Klein, Serge Barbeau, etc.) qu’il a côtoyé et secondé pendant des années. Mais une fois déployés ses propres ailes, il a apporté une touche personnelle de sensibilité et de sensualité. Il est constamment dans une quête de moments sincères chargés d’émotion qu’il arrive à saisir dans l’excitation de l’instant.nere.jpgJe lui pose quelques questions. Ses réponses sont à l’image de l’artiste, généreuses, humaines et pleines de sagesse. Presque une leçon de vie.

Pourquoi « photographe beauté » ? Pourquoi les femmes ?
 Dès mon plus jeune âge, j‘ai assimilé le beau à la femme. Cela s’est donc imposé à moi, sans y réfléchir. Peut-être parce que j’ai été en internat très longtemps dans un univers ultra masculin et très fermé, où le monde féminin se réduisait à ma mère. J’ai donc cherché à être au contact de la féminité, au plus près de « la femme ». D’une manière générale, je me sens bien quand je collabore et échange avec des femmes.

 

Comment on gère l’équilibre entre sa nature d¹artiste et celle du photographe à la solde de l’annonceur, surtout quand il vous impose ses choix ? Très franchement, je ne sais pas si j’ai une nature d’artiste ! J’essaye juste de raconter des choses avec un appareil photo. J’aime beaucoup me mettre au service d’une marque ou d’un projet et j’essaye d’apporter le maximum, tout en gardant à l’esprit que les clients ont des contraintes. Effectivement le fait d’être choisi en fonction de son travail et de ne pas pouvoir faire toujours ce qu’on souhaiterait est souvent frustrant. Mais je n’oublie pas que si notre profession existe, c’est bel et bien dans le cadre d’un processus économique, Le coté narcissique (s’il a lieu d’être) est de toute façon satisfait par le fait d’être choisi pour ce qu’on apporte parmi tant de photographe ! Et d’être payé cher.lejoursanspub-frederic-leveugle-copie-1.jpgEt comment est la relation avec les créatifs (notamment les AD)? Ils vous choisissent en vous donnant carte blanche ou veulent vous diriger pour garder leur bébé ? Je ne me plains pas car j’ai eu la chance de pouvoir accompagner sur des années des marques et des projets grâce à la confiance de certains créatifs d’agences. Les DA, bien souvent je les plains car ils sont en première ligne et font des compromis chaque instant. Par contre, quand on a la chance d’être raccord, alors oui, c’est que du bonheur, et je donne tout ce que j’ai dans le ventre. Quand la confiance mutuelle s’installe, je suis plus libre de véhiculer toute la plus-value qu’un photographe conscient de son travail, mais aussi de ses responsabilités, peut apporter.

 

frederic-leveugle-Puisquemoije-copie-1.jpgPensez-vous qu’aujourd’hui on laisse moins de liberté aux artistes pour exprimer leur talent que dans les années d’or de la pub ? Quand j’ai commencé, je travaillais principalement sur la base de dessins, donc l’interprétation était plus aisée. Aujourd’hui, on part quasi systématiquement de maquettes avec des images produites par d’autres, validées et revalidées par le client, ce qui a pour effet de ne pas donner un large champ de « liberté » au photographe. C’est devenu la règle de jeu. On l’accepte ou alors on ne le fait pas. Ca arrive de plus en plus souvent de ne pas pouvoir amener sa touche personnelle car il y a aussi la peur de se tromper, de mal faire, de contrarier untel … Dans ce cas, j’utilise mon expérience pour les accompagner au mieux, plutôt que de faire « l’artiste ». J’essaye de faire évoluer l’idée graduellement, à travers des images et, quand il y adhère, alors là oui, je suis le plus heureux des photographes.

Que pensez-vous des créatifs de pub, des artistes frustrés ? Des faux artistes? A mon sens, si artiste il y a, il y a forcément beaucoup de frustration. Quant aux faux artistes, que dire, ne me prenant pas moi-même pour un artiste, peut être en suis-je un faux moi-même ?

Vous déclarez être en quête de « l’Émotion » dans chaque image. Alors, il se passe quoi dans votre tête, quand vous avez l’œil dans le viseur au moment d’appuyer sur le bouton ? Il se passe des tas de choses dont les gens qui vous entourent n’ont pas conscience. Quand j’arrive à faire l’image que j’avais en tête le matin en arrivant, c’est du pur bonheur ! Réunir en un instant aussi court que les fractions de seconde à laquelle un photographe travaille: un cadrage, une lumière, une émotion, c’est magique…

Question bonus : Pouvez-vous nous donner une idée de l¹envers du décor ? Faire des dizaines d’heures d’avion, attendre des heures en transit, se retrouver sur un bateau au milieu de l’océan indien afin de rejoindre une ile sur laquelle on va rester deux semaines et voir des dizaines de dauphins accompagner le bateau. Mais c’est aussi se retrouver seul dans une chambre d’hôtel après une journée de shooting et se demander ce qu’on fait là, ou alors attendre et attendre et attendre des heures qu’on veuille bien que ça soit à vous « de jouer » en studio sur parfois des sujets moyennement excitants.

 

Par Monsieur_G ( Le jour Sans Pub)

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