"Avant Turner, il n'y avait pas de brouillard à Londres", disait Oscar Wilde. Mais si vous vous attendez à voir des paysages vaporeux ou évanescents envahis par la brume dorée, ou à une lumière saturée, bref aux tableaux qui ont fait la renommée du peintre anglais, vous allez être déçus. Il y en a juste une petite dizaine, à la fin de l'expo, certains inachevés.

turner

En revanche, si vous voulez comprendre le parcours de Joseph Mallord William Turner et suivre son chemin, pas à pas, jusqu'à ce qu'il devienne le plus singulier des peintres du XIXe siècle, ne ratez pas l’exposition «  Turner et ses peintres  ».

Vous serez étonnés par son approche étonnante. Laissez-vous prendre par la main et guider à travers un parallèle systématique des toiles de Turner avec celles des maîtres qui l'ont inspiré. Le peintre anglais vénère Le Lorrain, s’inspire de Rembrandt, Poussin, Canaletto, Antoine Watteau, copie Titien, Véronèse et Tintoret...

Il observe leur travail, entame un dialogue pictural, se nourrit de leurs idées... et il copie tout ce qui lui tombe sous les yeux. Anciens ou contemporains, aucun n'y échappe. Et petit à petit, la confrontation avec les maîtres qui le fascinent finit par devenir ré-interprétation et re-création. Les tableaux revisités vont bien plus loin et finissent par  transgresser les règles.

Quel démon le pousse à ce duel permanent ? Freud pourrait sûrement nous l’expliquer. Sa mère meurt dans un asile après avoir sombré dans la folie. Son père, un modeste barbier, est et sera son unique ami jusqu’à sa mort. Peu sociable, d’aspect négligé et aux manières frustres, comme le décrit Delacroix, Turner est ambitieux et se bat pour être reconnu par ses pairs. Il se met en compétition avec ses maîtres, se confronte à eux dans le seul but de les égaler ou de les dépasser. Il devient membre de la Royal Academy de Londres à 24 ans. Il renonce à une vie de famille pour se dédier à son art et à trente ans, il se soucie déjà de sa postérité.

Copieur ? Arriviste ? Opportuniste ? En quête de reconnaissance ? Quand on arrive dans les dernières salles, on oublie toutes les questions. Émus par "Tempête de neige" cette merveille qui nous prend aux tripes, bouche bée devant les toiles qu’il a peint comme s'il avait le soleil dans les yeux, troublé devant ses dernières toiles, là on se dit que c’est le peintre audace de la lumière, le génie visionnaire qui a mis le feu aux formes et à l'art ancien, celui qui a eu le premier une vision fantastique du réel,  le précurseur de l'Impressionnisme. Turner est le peintre qui a force de se mesurer avec les autres a fini par se dépasser pour nous faire frissonner de plaisir. À voir absolument.

 

Turner et ses peintres : Au Grand Palais jusqu'au 24 mai 2010.  

Ouverture : Du vendredi au lundi de 9 h 00 à 22 h 00, le mardi de 9 h 00 à 14 h 00, le mercredi de 10 h 00 à 22 h 00, le jeudi de 10 h 00 à 20 h 00  Fermé le 1er mai.

Prix d'entrée : Plein tarif : 11 € - Tarif réduit : 8 € (13-25 ans, famille nombreuse, demandeur d'emploi) - Gratuit pour les moins de 13 ans, les bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse.

 

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